En échange d'un prêt de 110 milliards d'euros accordé en mai 2010 (80 milliards de la zone euro et 30 du FMI), Athènes s'était engagée à appliquer un plan de rigueur draconien pour réduire son déficit public. Le plan se décomposait en trois parties: baisse des dépenses publiques, augmentation des impôts et privatisations.
Les salaires ont baissés, les pensions de retraite ont été gelées, la tva a fortement crue mais les plus grandes fortunes échappent toujours au fisc, la très riche église orthodoxe est toujours exemptée d'impôts et les capitaux fuient le pays ce qui, au passage, affaiblit les banques grecques (38 milliards auraient été placé en Suisse ces dix-huit mois selon le ministère des finances grecs). En somme le peuple "d'en bas" subit de plus en plus fortement la crise, les plus riches s'en sortent mieux. Le pays ayant connu sa pire récession en 2010 avec une baisse du PIB de 4,2%, l'état va voir sa dette culminer à 150% du PIB en 2011.
Le président français est dans une situation inverse. Non seulement son opinion publique est favorable à une aide à la Grèce mais en plus il n'a rien à craindre non plus d'un parlement où la droite est largement majoritaire et très docile sur ce sujet. Cerise sur le gâteau la gauche partage ses points du vu sur la question hellène.
Nicolas Sarkozy est aussi prisonnier du rôle qu'il s'est attribué de "sauveur du monde" ayant fait face "à la plus grave crise qu'on ait connu depuis 1929" et se présentant comme l'architecte en chef, avec Dominique Strauss-Khan, du sauvetage de la Grèce si ce n'est pas du monde. Remettre en cause l'aide à la Grèce, c'est se renier sur tout ce qu'il a fait ou ce qu'il prétend avoir fait. A moins d'un an de la prochaine présidentielle, revenir sur ce que beaucoup considère comme le grand (le seule?) succès de son mandat serait un suicide politique. La Grèce peut faire faillite pour le président mais pas avant mai 2012.
En réalité si les banques françaises, avec 12,6 milliards, sont moins exposées, que leurs consœurs allemandes, sur la dette publique grecque (12,6 milliards pour les premières et 18,4 pour les secondes) il n'en reste pas moins que si on prend en compte le total des dettes, en y incluant la dette privée, on arrive à un montant de 62 milliards pour la France et "seulement" 50 milliards pour l'Allemagne. Présentés bruts, ces chiffres ne disent pas grand chose mais si on les rapporte aux PIB de la France et de l'Allemagne on arrive à un poids respectif de 2,34% et 1,5% du PIB. Il est donc évident que Paris est bien plus inquiet et exposé à une faillite grecque que Berlin.
L’Allemagne exporte vers la Grèce trois fois plus en valeur que la France, cependant Athènes ne représente que 1% des exportations outre-Rhin et peuvent être compensé par les marchés émergents en forte croissance et solvables. Tout bon commerçant sait que vendre c'est bien mais se faire payer c'est mieux.Le problème français est que les pays les plus fragiles (Grèce, Italie, Espagne Portugal) sont aussi ses principaux marchés à l'exportation alors que l'Allemagne a un portefeuille commercial beaucoup plus équilibré.
Le compromis franco-allemand: Une restructuration douce et en douce
Entre un défaut de paiement et continuer à remplir un tonneau sans fonds existe une solution intermédiaire qui peut satisfaire Allemands et Français; Une restructuration de la dette grecque à laquelle participe le privé (banques, compagnies d'assurances, fonds, etc.) de manière strictement volontaire.
La restructuration peut prendre plusieurs formes; allongement de la durée des emprunts, engagement des établissements financiers à souscrire à de nouvelles émissions obligataires pour un même montant et à un taux identique quand les anciennes arrivent à échéances, etc. Quelque soit la formule choisie, une chose est certaine, les banques et les compagnies d'assurance subiront des pertes (ou un manque à gagner si le mot perte vous fait frémir) mais au lieu de perdre 80% de leur investissement elles ne perdront que 10% par exemple. C'est donc une solution plus douce.
Si la France et la BCE insistent tant pour que la procédure se fasse sur une base volontaire c'est pour éviter un "événement de crédit" sur la Grèce qui déclencherait les fameux Credit default Swap (CDS) et ferait la fortune de gros spéculateurs dans le monde (le nom de Goldman Sachs, encore lui, est couvent cité). Le marché des CDS étant libre, il est très difficile de connaitre l'exposition des banques européennes sur ce type de produit. Seule chacune d'elle le sait avec certitude, mais quand on voit le forcing du Crédit Agricole et du président de la Fédération Bancaire Française, on devine que les banques françaises ont gros à perdre si l'ISDA (International Swap Dealer Association) -et pas les agences de notations pour une fois- déclarait le statut d’événement de crédit. Une faillite oui mais en douce et non-officielle.
La question que tout les observateurs se posent est de savoir comment les états vont organiser une participation "strictement volontaire" du privé. Ceux qui connaissent les banques et les compagnies d'assurances et leur légendaire rapacité doivent être dubitatifs si ils ne sont pas pliés en quatre. En fait cela est peut-être plus facile qu'il ni parait, pour deux raisons:
1- La dette publique grecque est extrêmement concentrées, cela fait longtemps que les petits investisseurs s'en sont séparés et comme la BCE est intervenue massivement en rachetant de la dette grecque sur le marché secondaire elle se trouve être la principale détentrice des obligations publics émises par Athènes. Plus un marché est concentré plus les acteurs de ce marché peuvent trouver un modus vivendi d'autant plus qu'il n'est dans l’intérêt de personne que la Grèce explose (sauf celui des spéculateurs sur CDS).
2- Les détenteurs de la dette grecque sont pour la plupart des établissements européens, il est donc plus facile pour l'Europe de faire d'amicales pressions sur elles. Après tout rien ne garantie que les banques ne connaitront pas encore une crise de liquidité et rien n'obligerait alors un Etat ou la BCE à porter secours à une banque qui, dans le passé, s'est montrée peut coopérative.
Il existe cependant deux obstacles à ce plan. D'abord les banques grecques détiennent environ 55 milliards de bons d'état et devront donc être recapitalisées en cas d’effort demandé trop important (comme l'état grec est ruiné il y a de forte chance pour les consœurs européennes en profite pour faire leurs emplettes pendant les soldes).
Par ailleurs il existe un important reliquat (maximum 20% de l'encours total) de dette hellène détenue par des particuliers, des fonds de pension et des banques établies hors Union européennes qui ne participeront pas à l'effort commun et seront ainsi les passagers clandestins d'un sauvetage couteux. C'est injuste mais le monde est injuste.






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